Road trip dans le sud sauvage : de Souillac à Chamarel

Road trip dans le sud sauvage : de Souillac à Chamarel

Mis à jour : novembre 2018

Deux jours pour découvrir le vrai visage du sud

On m’avait prévenu. “Le sud de Maurice, c’est rugueux, ce n’est pas la côte ouest.” C’est exactement pour ça que j’avais réservé une voiture dès le deuxième jour de mon séjour. J’avais envie de rugueux. J’avais envie de quelque chose qui ne ressemble pas aux photos retouchées des brochures touristiques.

Ce road trip de deux jours entre Souillac et Chamarel a été l’une des meilleures décisions de voyage de ma vie. Voici comment j’ai vécu cette aventure, et comment vous pouvez organiser la vôtre. Pour le contexte pratique du road trip autour de l’île, notre guide complet du road trip à l’île Maurice couvre tout ce qu’il faut savoir.

Jour 1 : Souillac et la côte sauvage

Le départ depuis Mahébourg

J’ai choisi de partir de Mahébourg, petite ville côtière du sud-est qui sert de base idéale pour explorer le sud. La route B9 longe la côte vers l’ouest, et déjà les paysages changent. Fini le lagon protégé, les récifs coralliens et les eaux calmes — ici, l’océan Indien montre ses dents.

Mahébourg elle-même mérite une matinée. Son marché du lundi est légendaire — si vous passez un lundi matin, ne le ratez sous aucun prétexte. Et le musée historique de la ville raconte le naufrage du Saint-Géran en 1744 et la bataille de Grand Port en 1810, l’une des rares victoires navales napoléoniennes commémorées sur l’Arc de Triomphe à Paris.

Souillac est à environ 40 minutes de Mahébourg. La ville elle-même n’est pas particulièrement pittoresque — quelques commerces, une église, des rues tranquilles. Mais ce n’est pas la ville qui m’intéressait.

Le jardin de Robert Edward Hart

À l’entrée de Souillac, le jardin de Robert Edward Hart m’a arrêté net. Ce petit musée dédié à l’un des plus grands poètes mauriciens est installé dans une maison de corail blanc face à la mer. Le bâtiment lui-même, avec ses murs épais taillés dans le corail fossile, est magnifique. L’intérieur conserve les meubles, les livres et les manuscrits du poète, dans une atmosphère d’une authenticité rare.

J’ai passé une demi-heure là, à écouter le bruit des vagues contre les falaises, à lire quelques vers exposés sur les murs. Un endroit hors du temps qui illustre parfaitement le côté culturel de Maurice que les circuits touristiques classiques ignorent trop souvent. Pour en savoir plus sur ces aspects culturels, notre guide des marchés et de la culture présente les lieux patrimoniaux les plus intéressants de l’île.

Les falaises de Gris-Gris

Gris-Gris — le nom sonne déjà mystérieux. Ces falaises de basalte noir battues par les vents constituent l’un des endroits les plus spectaculaires de l’île, et l’un des moins fréquentés. Ici, pas de lagon protégé, pas d’eaux turquoise. L’océan arrive en rouleaux massifs qui s’écrasent contre les roches volcaniques dans un bruit sourd et puissant.

Attention : on ne se baigne pas à Gris-Gris. Les courants sont violents, les vagues imprévisibles. Mais on s’assied sur les rochers, on regarde, on respire l’air iodé chargé d’embruns, et on comprend pourquoi les Mauriciens appellent ce coin “le bout du monde”.

Il y a un sentier qui longe la falaise vers l’est. Prenez-le. Il offre des points de vue à couper le souffle sur les vagues qui s’engouffrent dans des grottes naturelles creusées dans la roche basaltique. C’est une face de Maurice que la majorité des touristes ne voit jamais — la version sauvage, non domestiquée, indisciplinée de l’île.

Notre classement des plus belles plages de Maurice inclut Gris-Gris non pas pour la baignade mais pour la contemplation — une catégorie à part entière dans les richesses balnéaires de l’île.

La roche qui pleure et le souffleur

À quelques kilomètres à l’ouest de Gris-Gris, deux autres merveilles naturelles. La Roche qui pleure est une formation rocheuse noire face à laquelle l’eau s’écoule en permanence, comme des larmes coulant sur le visage d’une figure humaine. Poétique et un peu mélancolique, à l’image du paysage environnant.

Le Souffleur, lui, est un geyser naturel formé par une fissure dans la roche. Quand les vagues arrivent avec suffisamment de force, l’eau jaillit par l’orifice en un jet puissant accompagné d’un sifflement caractéristique. Certains jours, par grosse houle, le spectacle est grandiose. D’autres, si la mer est calme, le Souffleur reste silencieux — c’est la beauté des phénomènes naturels que d’être imprévisibles.

Nuit à Bel Ombre

En fin d’après-midi, j’ai poussé jusqu’à Bel Ombre, le long de la côte sud-ouest. Cette région, longtemps restée à l’écart du développement touristique, connaît depuis quelques années un regain d’intérêt avec l’installation de quelques lodges et domaines. J’ai opté pour une petite chambre dans un gîte de charme tenu par une famille locale — petit-déjeuner avec des gâteaux maison, véranda donnant sur les champs de canne à sucre, coucher de soleil en tête-à-tête avec l’océan.

Bel Ombre est l’une des régions les moins touristiques de Maurice, et c’est précisément ce qui en fait le charme. Loin de Grand Baie et de ses animations, vous êtes ici dans une Maurice tranquille et authentique. Le domaine de Bel Ombre est l’un des derniers grands domaines coloniaux de l’île, avec ses champs de canne, sa réserve naturelle et son hôtel de luxe accessible aux non-résidents moyennant un forfait journée.

Jour 2 : vers les terres de Chamarel

La matinée dans les gorges

Le lendemain matin, j’ai pris la route vers le nord, en remontant vers les terres. La route qui traverse les Gorges de la Rivière Noire est magnifique — une succession de lacets qui grimpent dans une végétation dense, avec des points de vue soudains sur des vallées encaissées couvertes de forêt primaire.

Le Parc National des Gorges de la Rivière Noire est le plus grand espace naturel protégé de l’île. Quelques sentiers balisés permettent de s’y aventurer à pied — je recommande la randonnée vers le Piton de la Petite Rivière Noire, le point culminant de l’île à 828 mètres. Notre guide des randonnées à l’île Maurice détaille tous les sentiers accessibles dans ce parc exceptionnel, de la balade de 1h au trekking d’une journée.

Je n’avais pas le temps ce jour-là. Je me suis contenté d’un arrêt au belvédère du Parc, qui offre déjà des vues impressionnantes sur les gorges boisées en contrebas — une mer verte et dense à perte de vue, habitée par des espèces que nulle part ailleurs vous ne trouverez : le kestrel mauricien, le pigeon rose, la perruche de Maurice.

Chamarel : les terres de sept couleurs

Chamarel. Le nom fait partie de la mythologie touristique de Maurice. Et pour une fois, la réalité est à la hauteur de la réputation.

Les Terres de Sept Couleurs sont une dune de terre volcanique qui présente des teintes allant du rouge ocre au violet, en passant par le brun, le vert, le bleu et le jaune. Ce qui rend le phénomène fascinant, c’est que les couleurs ne se mélangent jamais, même sous la pluie — la séparation des pigments minéraux est naturelle et permanente. Notre guide complet de Chamarel et ses terres colorées explique l’origine géologique de ce phénomène unique au monde. Si vous ne souhaitez pas conduire, l’excursion guidée à Chamarel avec terres colorées et cascade prend en charge le transport depuis votre hôtel.

J’y suis arrivé en milieu de matinée, avant la foule des cars de tourisme (conseil pratique : venez avant 10h ou après 15h). La dune est ceinte d’une clôture pour éviter que les visiteurs n’y marchent dessus et ne perturbent les formations. Cela n’enlève rien à la beauté du spectacle vu des belvédères aménagés.

L’entrée est payante mais raisonnable. Le site comprend également un parc avec des tortues géantes d’Aldabra — une visite supplémentaire très appréciée si vous avez des enfants ou si vous êtes curieux de faune locale.

Les chutes de Chamarel

À moins de deux kilomètres des terres colorées, les chutes de la Rivière Saint-Denis plongent de 83 mètres dans un bassin encadré de végétation tropicale dense. C’est l’une des chutes les plus hautes de Maurice, et l’une des plus photogéniques.

J’ai emprunté le sentier qui descend jusqu’au belvédère inférieur — une vingtaine de minutes de marche dans la forêt, avec des bruits d’oiseaux et de grenouilles qui couvrent progressivement le bruit de la cascade. La vue depuis le bas est impressionnante. L’eau chute dans un grondement continu, projetant une bruine fraîche jusqu’au chemin. Même les visiteurs en tenue légère ressortent mouillés — prévoyez des habits de rechange si vous descendez jusqu’en bas.

Déjeuner au village de Chamarel

Le village de Chamarel, perché sur les hauteurs, possède quelques restaurants qui méritent le détour. J’ai mangé dans une terrasse avec vue sur la péninsule du Morne en contrebas et l’océan au loin — un cadre qui rendrait délicieux n’importe quel plat, mais le cari de poisson était de toute façon remarquable. La gastronomie créole dans ce contexte de village authentique, loin des restaurants touristiques de la côte, est une expérience à part entière.

Le village produit également du café — on trouve ici l’une des rares plantations de café de l’île. Quelques établissements proposent des dégustations de cafés aromatisés à la vanille de Maurice, au rhum ou aux épices locales.

L’après-midi : la distillerie de Chamarel

Juste en dessous du village, la distillerie de Chamarel est incontournable pour qui s’intéresse au rhum mauricien. Contrairement aux grandes distilleries industrielles du nord de l’île, Chamarel est une distillerie artisanale qui produit ses rhums à partir de jus de canne à sucre frais — une méthode rare qu’on appelle rhum agricole.

La visite guidée de la distillerie est instructive et bien menée. On suit le processus de la plantation à la bouteille, on voit les alambics en cuivre, on comprend la différence entre un rhum blanc de canne et un vieux rhum ambré. Et bien sûr, on finit par une dégustation.

Leurs rhums aromatisés — vanille, café, coco, ananas — sont de très belle qualité, nettement au-dessus des produits similaires que l’on trouve dans les boutiques touristiques. J’en ai ramené trois bouteilles. La Rhumerie de Chamarel propose également un restaurant gastronomique avec l’une des plus belles vues de l’île sur la côte et l’horizon de l’océan Indien. Vous pouvez aussi réserver à l’avance la visite et dégustation à la rhumerie de Chamarel pour éviter les files d’attente.

Les conseils pratiques pour ce road trip

La voiture est indispensable. Les transports en commun couvrent mal cette région, et même s’ils la couvraient, la liberté de s’arrêter au gré des paysages est essentielle. Notre guide de location de voiture vous aide à choisir le bon véhicule et la bonne agence. Conduire à gauche demande un peu d’adaptation, mais les routes du sud sont généralement peu fréquentées.

La saison : ce road trip se fait toute l’année, mais la période de mai à novembre est la plus agréable. Températures douces, risque de pluie modéré, lumière superbe pour la photographie. En été austral (décembre-mars), les pluies peuvent être plus fréquentes dans les hauteurs de Chamarel et les gorges. Notre guide de la météo à l’île Maurice vous aide à choisir la meilleure période.

Le budget : comptez environ 60 à 80 euros par jour pour deux personnes, location de voiture comprise, en optant pour un gîte local plutôt qu’un hôtel de chaîne. Les entrées payantes (Terres de Sept Couleurs, distillerie) restent abordables. Pour un budget détaillé, consultez notre guide budgétaire.

La combinaison avec Le Morne : si vous avez une journée supplémentaire, Le Morne Brabant est à 30 minutes de Chamarel. La péninsule classée UNESCO, le lagon bleu intense et les kitesurfeurs qui évoluent dans les alizés en font l’une des images les plus mémorables de l’île.

Les routes : certaines routes du sud sont étroites et serpentent entre des murs de végétation. Ne soyez pas surpris de vous retrouver nez à nez avec un tracteur chargé de cannes à sucre. La règle non écrite : la politesse et le calme règlent toutes les situations.

Ce que ce road trip m’a appris

Le sud de Maurice est une île dans l’île. Il n’a pas la douceur des plages de l’ouest, la mondanité du nord, l’effervescence de la capitale. Il est brut, authentique, parfois un peu rude — et c’est précisément ce qui le rend inoubliable.

Ceux qui partent à sa découverte en retirent quelque chose que les plages de Grand Baie ou Trou aux Biches ne peuvent pas donner : le sentiment d’avoir touché quelque chose de vrai. D’avoir vu Maurice au naturel, sans filtre ni mise en scène.

Si vous n’avez jamais posé les pieds dans le sud de l’île, vous n’avez pas encore vraiment vu Maurice. Prenez une voiture, prenez le temps, prenez la route. Notre itinéraire road trip complet vous propose un circuit plus large autour de toute l’île si vous voulez intégrer cette exploration du sud dans un voyage plus complet.

Et si deux jours dans le sud vous ont donné envie de plus, notre itinéraire 10 jours intègre cette région dans un programme de découverte complète de l’île.